Une relation entre deux femmes est-elle faite pour durer?

Par Gaelle

Jetais chez mon coiffeur il y a quelques jours pour me refaire les bords. Un peu de propreté ne fait de mal à personne. Et pour ceux qui ne le savent pas, les salons de coiffure sont les centres thérapeutiques par excellence, surtout dans la communauté africaine. On y entre pour une remise en beauté, on en ressort avec plusieurs leçons de vie applicables à notre quotidien, soit-il en couple ou dans la vie en général.

C’est dans ce contexte que nous nous sommes retrouvés à discuter des relations amoureuses et entre plusieurs angles abordés, la coiffeuse m’a demandé si une relation durable entre deux femmes est réellement possible? D’après elle, non. Son principal argument? Les femmes seraient plus émotives que les hommes et de ce fait, elles ne peuvent pas s’entendre sur la durée.

Alors j’avoue, la stabilité émotionnelle était la plus facile à déconstruire: tous les êtres humains, indépendamment de leur identité de genre, sont dotés d’émotions. Tout dépend du contexte. Certains, ou devrais-je dire certaines, sont plus enclines à les exprimer dans le cadre d’une relation interpersonnelle. D’autres préfèrent les tribunes d’un stade de football. Les hommes, encore enfermés dans la masculinité toxique, sont encore réticents à embrasser leur humanité dans ce contexte.

Cristiano Ronaldo en larmes sur un terrain de football – © USAToday.com

Maintenant, la brièveté d’une relation amoureuse n’est pas l’apanage des couples homosexuels. Ou dans ce cas, lesbiens. Nombreux sont les couples qui ne tiennent pas sur la durée. Les autres, ce sont les quatre murs qui les protègent de nos regards. 

Cependant, sa question m’a amené à me replonger dans des conversations différentes que j’ai récemment eu avec pas mal de mes “filles” mais également dans un des épisodes du podcast, celui dans lequel Aude avait apporté des éléments de réponse à la question: “les couples LGBT seraient-ils voués à l’échec”. L’occasion de vous rappeler qu’un nouvel épisode de Queer Afro Le Podcast (#QALP) est disponible chaque premier vendredi du mois sur toutes les plateformes de téléchargement de podcast. 

Et parce que je reconnais que des couples lesbiens ayant une relation saine ne courent pas les rues, je me suis dit ce ne serait pas mauvais de partager les raisons qui selon moi, contribuent à la brièveté de certaines.

Les relations humaines sont difficiles.

Quelle qu’en soit la nature (familiales, professionnelles, amoureuses, amicales, fraternelles ou sexuelles (hello sex-friend), toute relation demande un engagement et un entretien permanents. Engagement temporel, intellectuel, psychologique, émotionnel, financier,… Et la plupart du temps, nous ne respectons pas cet accord tacite. Généralement parce les priorités changent du fait de l’émancipation de l’un des partis. Les enfants grandissent inévitablement et développent leur propre échelle de valeurs ne correspondant pas forcément à celle de leurs géniteurs. Les amis s’émancipent en quête d’un meilleur avenir. Le.a partenaire à la recherche de la meilleure version de soi,… ainsi de suite. 

Cependant, je crois que la majorité des problèmes dans nos relations extrafamiliales provient du fait que nos associations ont une fondation précaire. On se fie plus souvent à l’apparence et ce que nous apporte la personne au lieu de chercher à la connaitre en profondeur. S’il est vrai qu’on ne connait jamais entièrement quelqu’un, en prêtant attention, on arriverait à déceler les incohérences. Et dans ce monde glorifiant l’instantané, nous sommes de plus en plus impatients.

Le contexte social, l’homophobie ambiante et internalisée.

La majeure partie de mes relations se sont achevées à cause du contexte social: faire plaisir à la famille parce qu’on dépend d’elle, sauver les apparences à cause de son statut social et donc s’afficher ou épouser un homme.

Lorsqu’on se met en relation dans notre contexte, le poids du secret est difficile à porter. Secret de l’orientation, secret de la relation, secret des rendez-vous amoureux, secret des conflits (et leur résolution) qui ne manquent pas de survenir dans toute relation et j’en passe. À force d’enfiler tous ces masques, on finit par se perdre soi. Il faut tout le temps marcher sur des coquilles d’oeuf parce que tu ne sais qui est ton interlocuteur. La crainte constante d’être outée ou pire d’être arrêtée est plus grande que le bonheur que nous procure une telle relation.

Personnellement, je lutte encore d’une manière ou d’une autre, contre une profonde homophobie internalisée. Et je ne considère comme étant plutôt hors de mon placard. J’ai tellement entendu pendant longtemps des opinions négatives sur mon orientation que j’en étais arrivée à un stade où je ne souhaitais de près ni de loin être associée à toute chose homosexuelle.

Je me rappelle qu’il m’a fallu des mois pour être confortable à l’idée de tenir la main de ma copine en public.

Ce blog c’est ma manière à moi d’évacuer tout cela. Et raison pour laquelle je tiens Anne Lister sur un piédestal en raison de tout ce qu’elle a accompli durant son ère. La change mentale est énorme.

L’influence des pairs

Je le disais encore dans ce billet, les pairs influencent volontairement ou non nos décisions. Deux personnes que je tiens à la plus haute estime ont joué un rôle majeur dans deux de mes ruptures. Ce sont les seules à avoir ce pouvoir, parce qu’elles m’ont démontré à maintes reprises que seul mon bien-être les intéressait. Et pour vous dire, elles ne se sont jamais trompées. Enfin, elles ont souvent confirmé mon intuition.

Pouvons-nous en dire autant de ceux qui nous entourent? Je me suis rendue compte avec le temps que les avis des pairs ont des motifs ultimes, connus ou méconnus. Certains des sentiments refoulés, certains de la jalousie, d’autres les expériences personnelles. Avant de prendre pour argent comptant l’avis d’autrui sur votre partenaire, demandez-vous ce qu’elle a fait pour mériter d’avoir une telle importance sur votre relation.

L’absence de modèles.

Pas seulement homo mais modèles de couples sains tout court. Les Ellen Degeneres de l’autre côté de l’océan, c’est bien mais lorsqu’autour de toi chaque “relation” semble avoir une durée de vie limitée, ou que même les longues relations sont ponctuées de tromperies, de violences conjugales, il devient difficile de croire à un quelconque bonheur en couple. Mais je vous assure ça existe. Inch Allah, on recevra bientôt un couple africain noir africain ensemble depuis plus d’un quart de siècle dans le podcast qui partagera son expérience. 

Tout ceci dépeint, je l’avoue, un tableau sombre sur la possibilité d’une relation amoureuse entre lesbiennes. Néanmoins, puisqu’une relation c’est deux personnes et chacun a son rôle à jouer,  je pense qu’il est également important de partager les pratiques qui jusqu’ici ont marché pour m’aider à trouver les possibles personnes à fréquenter.

Travailler sur soi, apprendre à se connaitre. 

C’est un travail permanent. La plupart du temps, la réaction d’autrui est proportionnelle à nos actions. Et s’il fallait résumer ce que j’ai appris jusqu’ici, c’est en premier définir et activement travailler sur qui on aimerait être dans la relation et ensuite définir les valeurs que l’on souhaiterait partager avec la partenaire et ne pas/plus baisser la garde parce qu’on souhaite éviter la solitude. 

Je parle de valeurs mais je dirais plus globalement d’attitude et de regard similaires sur la vie. Les sentiments sont éphémères. Les valeurs permanentes. Ces valeurs prendront le relai lorsque l’amour ne suffira plus. Les sujets les plus important sur lesquels il faut s’accorder selon moi sont la religion, la communauté, la famille, les aspirations professionnelles et personnelles, les finances. Cela ne veut pas dire qu’on sera toujours d’accord sur tout. On saura simplement retrouver le chemin en cas de tempêtes.

S’entourer des personnes qui partagent les mêmes valeurs que nous.

Une fois qu’on a travaillé sur soi, le ménage dans l’entourage est la première conséquence évidente. Sinon, c’est que le travail que vous aurez effectué sur vous sera de nul effet. Rappelez vous l’influence des pairs dont je parlais plutôt. 

Alors, il ne s’agit pas de s’entourer de béni oui-oui mais au contraire des personnes qui peuvent nous dire la vérité et nous aider à atteindre vos objectifs. On n’élimine pas les autres. On réduit juste notre temps avec eux. 

J’ai du récemment tourner la page d’une amitié parce que je me suis rendue compte que la personne et moi ne partagions pas les mêmes valeurs. Ce sera difficile. La plupart du temps ce sera un chemin solitaire oh mais qu’il vaut la peine. C’est ainsi que tu attirera celle avec qui tu souhaites partager ta vie.

Sortir, rencontrer du monde, vaquer à ses loisirs.

L’amour ne nous trouvera pas dans notre divan, quelle que soit l’intensité des prières et des jeûnes. Cela ne veut pas dire que je sors avec l’intention de rencontrer quelqu’un. Non. Juste que je sors pour me faire plaisir, vaquer à une occupation qui m’intéresse intrésequement. Si j’y rencontre quelqu’un, on aura déjà au moins cette activité en commun pour briser la glace en attendant d’en apprendre plus sur la personne.

Patience.

Everything worth having takes time.

Une de mes relation s’est achevée parce que la personne voulait tout tout de suite. Aménagement, bébés, mariage… Girl, prenons notre temps. On ne se connait pas suffisamment pour s’engager de la sorte. 

La patience dont je parle est active et se résume principalement aux activités citées plus haut.

Jusqu’à il y a quelque années, je me posais la même question: une relation durable entre deux femmes est-elle possible? Conséquence de mes expériences personnelles où la majeure partie est relative au contexte social. Pour tout vous dire, j’étais dégoutée. Après, il faut peut-être se faire à l’idée que je ne suis pas faite pour être en relation. Qui sait?

Mais ça c’était avant que je ne tombe sur celles que j’appelle aujourd’hui mes mères. L’une d’entre elle a eu quasiment la même expérience que moi avant de tomber sur son épouse. Ensemble depuis vingt ans, mariées depuis quinze. Alors, bien que leur localisation géographique soit différente, leur couleur de peau reste la même: noire. Le bonus c’est qu’elles sont religieuses. Grace à elles, je sais qu’une relation lesbienne saine est possible sur la durée. Quand bien même elles viendraient à se séparer (le dernier de mes souhaits), leur amour m’aura démontré qu’une relation homosexuelle entre deux femmes noires est possible et cette vérité sera mon phare dans cette perpétuelle pénombre. 

Until next time.

Miaouuuuh!!!

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